Mon 11-Septembre... c'était en 1973

Salvador Allende
Salvador Allende

Commémoration. A la question "Quel souvenir gardez-vous du 11-Septembre ?", on s'attend bêtement à une réponse concernant l'attentat contre le World Trade Center. Mais un autre événement majeur s'est produit à cette même date... vingt-huit ans plus tôt.

La date du 11 septembre reste pour moi un jour noir.

Je ne parle pas du 11 septembre 2001 qui est commémoré aujourd'hui... Mon 11 septembre remonte à 38 ans en arrière, en 1973. Ce coup d'Etat fasciste encouragé par la CIA et les Américains pour renverser un gouvernement socialiste élu démocratiquement ne fait plus la Une des médias...

Pourtant !

Ce 11 septembre 1973, ce sont les États-Unis qui décidèrent d'abattre la démocratie chilienne sans que le monde entier ne trouve à redire ...

Ce 11 septembre 1973 nous nous sommes réveillés meurtris par cette terrible information.

Le Chili libre se réveillait sous les bombes et sous les bottes des fascistes.

Commençait alors une période sombre, très sombre, où la torture, la chasse aux communistes, aux socialistes, aux révolutionnaires du MIR, mais aussi à tous ceux qui ne pensaient pas comme les nouveaux maîtres du Chili...

La torture fut organisée à l'échelle de tout un pays...

Les tortionnaires reçurent l'aide des "amis" américains, sans que les pays occidentaux protestèrent autrement que par des communiqués qui n'avaient qu'un but : se donner bonne conscience...

Ce 11 septembre 1973, j'ai pleuré tout mon saoul...

Nous étions alors jeunes, plein d'espoir dans cette expérience étonnante...

Cela peut vous paraitre bizarre, mais l'Amérique Latine ne vivait alors qu'à travers des coups d'Etat... fomentés par les "gentils" yankees ...

Et là, au Chili, un président socialiste était élu le plus démocratiquement du monde...

Bien entendu c'était trop "légal" pour ces États-Unis qui se targuaient d'être le pays de la démocratie...

Alors ils ont employé la manière forte...

Ils ont assassiné une démocratie naissante pour des intérêts économiques...

Ils ont assassiné un peuple épris de liberté pour conserver leurs intérêts économiques...

Alors voilà, pourquoi, moi, le 11 septembre 2001 je n'ai pas versé de larmes sur les attentats de New-York...

C'est peut-être parce que j'avais trop versé de larmes un 11 septembre 1973...

C'est le dernier discours de Salvador Allende transmis par Radio Magallanes, le 11 septembre 1973 :

"Je paierai de ma vie la défense des principes qui sont chers à cette patrie. La honte tombera sur ceux qui ont trahi leurs convictions, manqué à leur propre parole et se sont tournés vers la doctrine des forces armées. Le peuple doit être vigilant, il ne doit pas se laisser provoquer, ni massacrer mais il doit défendre ses acquis. Il doit défendre le droit de construire avec son propre travail une vie digne et meilleure. A propos de ceux qui ont soi-disant «autoproclamé» la démocratie, ils ont incité la révolte, et ont d'une façon insensée et louche mener le Chili dans le gouffre. Au nom des plus gros intérêts du peuple, au nom de la patrie, je vous appelle pour vous dire de garder l'espoir. L'Histoire ne s'arrête pas ni avec la répression, ni avec le crime. C'est une étape à franchir, un moment difficile. Il est possible qu'ils nous écrasent mais l'avenir appartiendra au peuple, aux travailleurs. L'humanité avance vers la conquête d'une vie meilleure.

Compatriotes, il nous est possible de faire taire les radios, et je prendrai congés de vous. En ce moment sont en train de passer les avions, ils pourraient nous bombarder. Mais sachez que nous somme là pour montrer que dans ce pays, il y a des hommes qui remplissent leurs fonctions jusqu'au bout. Moi je le ferai mandaté par le peuple et en tant que président conscient de la dignité de ce dont je suis chargé.

C'est certainement la dernière opportunité que j'ai de vous parler. Les forces armées aériennes ont bombardé les antennes de radio. Mes paroles ne sont pas amères mais déçues. Elles sont la punition morale pour ceux qui ont trahi le serment qu'ils firent. Soldat du Chili, Commandant en chef, associé de l'Amiral Merino, et du général Mendosa, qui hier avait manifesté sa solidarité et sa loyauté au gouvernement, et aujourd'hui s'est nommé Commandant Général des armées. Face à ces évènements, je peux dire aux travailleurs que je ne renoncerai pas. Dans cette étape historique, je paierai par ma vie ma loyauté au peuple. Je vous dis que j'ai la certitude que la graine que l'on à confié au peuple chilien ne pourra pas être détruit définitivement. Ils ont la force, ils pourront nous asservir mais n'éviteront pas les procès sociaux, ni avec le crime, ni avec la force.

L'Histoire est à nous, c'est le peuple qui la fait. Travailleurs de ma patrie, je veux vous remercier pour la loyauté dont vous avez toujours fait preuve, de la confiance que vous avez reposé sur un homme qui a été le seul interprète du grand désir de justice, qui jure avoir pu respecté la constitution et la loi. En ce moment crucial, la dernière chose que je voudrais vous adresser est que j'espère que la leçon sera retenue.

Le capital étranger, l'impérialisme, ont créé le climat qui a cassé les traditions: celles que montrent Scheider et qu'aurait réaffirmé le commandant Araya. C'est de chez lui, avec l'aide étrangère, que celui-ci espérera reconquérir le pouvoir afin de continuer à défendre ses propriétés et ses privilèges. Je voudrais m'adresser à la femme simple de notre terre, à la paysanne qui a cru en nous; à l'ouvrière qui a travaillé dur et à la mère qui a toujours bien soigné ses enfants. Je m'adresse aux personnels de l'Etat, à ceux qui depuis des jours travaillent contre le coup d'état, contre ceux qui ne défendent que les avantages d'une société capitaliste. Je m'adresse à la jeunesse, à ceux qui ont chanté et ont transmis leur gaieté et leur esprit de lutte. Je m'adresse aux chiliens, ouvriers, paysans, intellectuels, à tous ceux qui seront persécutés parce que dans notre pays le fascisme est présent déjà depuis un moment. Les attentats terroristes faisant sauter des ponts, coupant les voies ferrées, détruisant les oléoducs et gazoducs; face au silence de ceux qui avaient l'obligation d'intervenir, l'Histoire les jugera.

lIs vont sûrement faire taire radio Magallanes et vous ne pourrez plus entendre le son métallique de ma voix tranquille. Peu importe, vous continuerez à m'écouter, je serai toujours près de vous, vous aurez au moins le souvenir d'un homme digne qui fut loyal avec la patrie. Le peuple doit se défendre et non pas se sacrifier, il ne doit pas se laisser exterminer et se laisser humilier. Travailleurs: j'ai confiance au Chili et à son destin. D'autres hommes espèrent plutôt le moment gris et amer où la trahison s'imposerait. Allez de l'avant sachant que bientôt s'ouvriront de grandes avenues où passera l'homme libre pour construire une société meilleure.

Vive le Chili, vive le peuple, vive les travailleurs ! Ce sont mes dernières paroles, j'ai la certitude que le sacrifice ne sera pas vain et qu'au moins ce sera une punition morale pour la lâcheté et la trahison."

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Commentaires (1) | Réagir ?

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ali chemlal

On se rappelle ce triste évènement ou le sanguinaire Augusto Pinochet encouragé par les USA a bombardé le palais présidentiel, tuant le Président Salvador Aliendé élu démocratiquement par le peuple Chilien, et rempli les stades de citoyens, pour les assassiner, sous l'œil bienveillant des démocrates Américains, pour cause, la nationalisation des mines de cuivre, aidé par la gréve des

transporteurs, qui a paralysé le pays.